Interview de Jean-Ernest Vincent. Maraîcher

JEVPLe mardi 1er décembre 2015, les élèves de la classe de cycle 3 se sont rendus à pieds chez Jean-Ernest Vincent, maraîcher à la Pichonnière sur la commune de Maillé. Jean-Ernest les a d’abord emmenés sur les champs pour leur expliquer sont travail, ensuite, il les a accueillis dans son hangar pour répondre à leurs questions. Puis il nous a offert le goûter et il a donné à chacun un mini choux-fleur et un mini chou romanesco.

Enfants : 1 Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Jean-Ernest Vincent : J’ai choisi ce métier parce que mes parents faisaient déjà un peu la culture. Mon père était maraîcher, il faisait beaucoup d’artichauts et des haricots. J’allais travailler et j’ai pris la suite de l’exploitation.

P10705842 Depuis quand êtes-vous maraîcher ?

Mon installation c’est depuis le 1er janvier 1992, mais autrement j’ai été 5 ans en aide familiale chez mes parents.

3 Est-ce que vos ancêtres étaient maraîchers ?

Oui, mon père était maraîcher.

4 Quels sont vos horaires de travail ?

Mes horaires sont infinis et indéfinis. Alors, c’est à dire l’été, je me lève dès que le soleil se lève et je me couche quand il se couche. Je travaille toute la journée , c’est des heures impossibles. L’hiver, c’est quand même plus cool. C’est suivant le travail qu’il y a. On ne compte pas ses heures. Moi, comme je suis à mon comte, plus je travaille, normalement plus je gagne.

5 Vous faut-il une tenue particulière ?

Oui, à cette saison, j’ai une combinaison pour le matin quand je vais arracher mes poireaux, couper les choux. C’est une salopette et comme ça je suis au sec. Je mets ça sur mon jean avec mes bottes. L’été, je n’ai pas de combinaison comme les agriculteurs, je mets un jean, des baskets. Sauf quand je mets de l’arrosage dans le marais, je mets mes bottes en plus. Des vieux vêtements.

6 Comment faîtes-vous si vous êtes malades ?

Si je suis très malade, je reste chez moi. Autrement, si j’ai un petit bobo de rien (éclater un doigts, un bois dans l’oeil), je travaille. Quand on est malade, on ne peut pas arrêter beaucoup. Si je suis malade trois mois, j’ai une assurance pour payer mes journée où je ne travaille pas.Il faut quelque chose de grave.

DSCN97137 Quels outils utilisez-vous ?

Tracteurs, charrue, herse rotative, moto-pompes d’arrosage dans le marais, semoir, motoculteur, planteuse, bineuse, une dérouleuse pour les baches, une machine pour chausser les asperges… une ptite traiteuse même si je ne traite pas (pour mettre le savon noir sur le poireau) après les binettes

8 Êtes-vous aidé ? (par l’état ou par des employés)

J’ai un salarié saisonnier, je le prends du 1er juillet à fin novembre. Il aide aussi bien sur la culture que la vente à Fontenay. L’état, je n’ai pas d’aide, j’ai refusé. Je ne veux pas entrer dans leur système, c’est mon point de vue à moi. Je paie mes charges à la MSA mais je n’ai aucune aide.

9 Comment choisissez-vous vos marchés ?

Autrefois on faisait beaucoup d’artichauts, on plantait 60 000 pieds avec mes parents. On faisait beaucoup de demi sec, on vendait sur les foires, Bournezeau, Nieul le Dolent, la chaize le Vicomte, dans la Vienne. Maintenant je vais dans des marchés plus proches (Fontenay, Benet, St Michel en l’Herm)

10 Avez-vous eu des vols (dans les champs ou sur le marché?)

Il y en a moins maintenant mais une année il y en a eu 63…

11 Quels surfaces avez-vous ? En plaine ? Marais ? Serre ?

Je fais en culture maraîchère 30 ares, 1 h90 en culture légumière et 5 ares 90 en culture sous serre . Une serre de 42m de long sur 6m, et deux de 30m de long sur 6m.

12 Quels légumes produisez-vous ? En reste-il beaucoup l’hiver ?

Il y en a moins l’hiver : poireaux, chou-fleur, chou blanc, chou Romanesco, chou milan, chou de Bruxelle, melon d’eau, oignons, échalotes, chouchous, butternut, courge, poireaux, ail, céléri, carottes

13 Comment plantez-vous vos légumes ?

Mes légumes, je les commandes toujours en début d’année, j’ai un fournisseur, c’est des plants. Puis je les plante, sinon c’est trop de contraintes.

14 Comment choisissez-vous ceux que vous mettez dans le marais ou la plaine ?

Ça dépend des légumes. Les pommes de terre dans le marais ne sont pas bonnes. Les salades je les fais dans la plaine et tout ce qui est petits légumes : les courgettes, les tomates

15 Les cultivez-vous toujours au même endroit ?

Non, car la terre se repose

DSCN970416 Peut-il y avoir des maladies ?

Oui, il y a des maladies. Un petit peu. J’en ai un petit peu dans les harcicots. C’est très peu. J’ai la rouille qui agit sur l’ail. La maladie vient souvent des cultures d’à coté. Moi, il n’y a pas de cultures maraichères à coté. La maladie est moins sure de venir.

17 Faites-vous des traitements ? Pesticides ? Bouillie bordelaise ? Purin d’orties ? Fumier ?

J’épands du fumier dans la plaine. Je mets du savon. Mes tomates, je les fais toutes sous serre exprès pour ne pas les traiter, pour ne pas que d’eau tombe dessus. Ce que vous avez vu tout à l’heure, je n’ai fait aucun traitement, c’est venu comme ça.

18 Comment désherbez-vous ?

La bineuse, à la main, avec mon salarié, les choux, on mettait deux jours du matin au soir. On tire à la main.

19 Plantez-vous côte à côte des plantes qui se protègent les unes les autres ?

Non, étant donné que je fais une tournante avec les terrains sur trois ans. Quand je mets les légumes, c’est un terrain qui a été deux ans sans culture. J’ai jamais fait attention.

P107058820 Quels animaux font des dégâts ?

Ça y’en a. Le haricot demi sec, c’est les lièvres dans le marais. Quand il y a un lièvre dans un champ dans le marais où il y a des haricots, quand ils sont petits, il coupe les têtes et il suit le rang. Il peut détruire 20 ares comme ça. On met une clôture électrique.
Cette année, une nouveauté, c’est le chevreuil qui est venu. C’est la première fois que je vois ça. Y’a 3 jeunes chevreuils qui sont arrivés et qui ont mangé les haricots.
Et après les mulots, c’est bête de dire, mais les terrains sont un peu sales. On ne peut pas avoir tout d’un coup. Ils mangent le pied par dessous des artichauts.
Le sanglier, je n’en ai pas encore vu.

21 Est-ce que le marais est sec ?

non

22 Est-ce plus compliqué de cultiver dans le marais ?

Oui, on peut dire ça, dans le marais, il faut attendre vraiment de pouvoir labourer fin mars, début mai, parce que c’est trop mouillé. Ça fait perdre du temps dans les cultures. Après, le marais c’est toujours plus dur, quand on passe la herse rotative aussi. Mais c’est une bonne terre. Elle a ses qualités, un fois que la culture est en place, c’est une terre humide, fertile et ça pousse bien.

23 Comment arrosez-vous vos légumes car l’eau est chère ?

Pour l’arrosage du marais, j’ai un quota à respecter de 2500 m3, c’est pas beaucoup car c’est un arrosage d’aspersion. C’est année j’ai utilisé à peine 1 000 m3. Je paye cette eau sur 2 500 m3, c’est un forfait que j’ai consommé ou pas. Sur le goutte à goutte, je n’ai jamais contrôlé, c’est un puits que j’ai. Il est à 6 m. Il n’a jamais tari, même en été. J’ai une petite pompe électrique.

24 Y-a-t-il des inondations dans le marais ? Qu’est-ce qui se passe alors ?

Il y en a de moins en moins. Maintenant le marais est pas mal géré. C’est géré par Niort, les barrages hydrauliques, par ordinateur. Il y a un niveau qu’ils respectent. Un niveau d’hiver et un niveau d’été. L’hiver, il ont tendance à baisser les niveaux pour écouler l’eau et l’été, à partir du mois de mars, ils remontent les niveaux au maximum pour faire une réserve d’eau pour l’été.
Avant il y avait beaucoup d’inondations, c’était géré par la loi du plus fort. C’est compliqué car les agriculteurs qui sont sur la plaine, ils veulent de l’eau dans le marais au maximum, pour dire nous en en aura plus tard. Mais ce n’est pas vrai parce qu’une fois qu’ils liquident cette eau du marais, ils l’envoient directement à la mer. Donc tout s’en va.

 

Définitions :

Culture légumière de plein champ : on les plante en début d’année, au mois de mars, et on les récolte dans l’année. Une récolte pas an

Culture maraîchère : deux ou trois récoltes par an, des légumes qui poussent vite, radis, salades, haricots verts.

Chalara fraxinea
Un champignon détruit les frênes en entrant par les feuilles. Il nous vient de la Pologne. 90 % des frênes au Danemark sont morts. Il se déplace tous les ans de 150 km. Il arrive par la feuille et détruit le frêne. Il n’y aura plus un frêne dans le marais dans les années à venir. Le Chalara fraxinea est très virulent. Il détruit les jeunes frênes puis les anciens. Les ormeaux en 1970, il y a déjà une maladie. En 1985, il n’y en a plus. Il y a des souches, ils poussent durant 4 5 ans puis ils crèvent. Tandis que le frêne, il n’y a rien a faire. Les gros têtards vont mettre 2 3 ans mais ils vont mourir. C’est pas joli. Pour l’instant c’est en Alsace, ça approche. Le champignon se déplace par le vent

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